trahisons d’Harold Pinter

trahisons d’Harold Pinter

Trahisons d’Harold Pinter 

Samedi 15 11h & 19h et Dimanche 16 11h /

Ado Adultes / Cie Rêve de Foin / 1h15

Trahisons est une pièce de théâtre du dramaturge et Prix Nobel de littérature anglais Harold Pinter.

Un bar. Au fond de la salle, Jerry et Emma se retrouvent deux ans après leur rupture. Le temps a passé. Qu’est ce qui les a conduits là? Elle est la femme de Robert, éditeur, tout partenaire de squash et plus que tout vieil ami de Jerry. La pièce s’ouvre sur un aveu, non pas un aveu au mari de l’infidélité passée, mais un aveu à Jerry. Emma lui apprend qu’elle a tout dit à son mari Robert.

C’est à partir de ce point qu’Harold Pinter remonte le cours de cette intrigue amoureuse entre trois amis, renversant le cycle du temps : des séparations aux rencontres, des aveux aux mensonges, des secrets aux trahisons.

Dans cette histoire à rebours se tissent et se détissent les énigmatiques liens amoureux et amicaux du trio où chacun a construit sa propre vérité, piégeant les spectateurs pourtant avertis de la chute de l’histoire.

Note d’intention :

Ce qui m’a fasciné dans cette pièce, c’est d’abord sa structure. Le coup de génie de l’auteur tient d’abord dans sa stratégie narrative : raconter cette histoire à rebours.  La pièce commence par la fin et remonte petit à petit l’histoire des personnages jusqu’à la genèse de la rencontre. L’« effet Titanique » est manifeste : le dénouement est connu. Il n’y a pas de surprise.  Et pourtant le spectateur est maintenu en haleine, attentif aux détails du texte et des situations pour percevoir les éléments déclencheurs qui conduisent au naufrage.

« Dans cette remontée à contre-courant, le plaisir du spectateur est de devoir comprendre où chaque scène se situe par rapport à la précédente, où en sont les personnages. Cette ligne non chronologique annule tout effet de surprise habituel ; le suspense porte non pas sur le dénouement que l’on connaît dès le départ, mais sur ce qui a en eux fabriqué cette longue chute » dit Frédéric Bélier-Garcia, metteur en scène de la comédie française.

Le sujet de Trahisons est un thème très ordinaire : une femme, deux hommes. Trois amis qui s’aiment et se perdent jusqu’à se séparer. Certes il y a l’adultère mais au bout du compte, la question de l’adultère est anecdotique. C’est un prétexte au décryptage d’un instant affectif, amoureux et amical.

Frédéric Bélier-Garcia dit de la pièce : « Il s’agit ici d’une trahison au pluriel, on pourrait dire virulente, qui concerne autant la relation amoureuse que la relation amicale, et finit par révéler la vérité de toute relation, discours amoureux, sentiment.

La trahison est un acte étrange. Le premier paradoxe est qu’il n’y a de trahisons qu’entre des êtres fidèles, entre des amis ou des disciples (des ennemis ou des êtres infidèles – Merteuil et Valmont – ne se trahissent pas). Le second paradoxe est que la trahison est, par l’effort qu’elle requiert, une ultime preuve d’amour, la dernière tentative dévoyée pour rester fidèle à une promesse. Ça veut encore conserver quelque chose d’une histoire qui voudrait finir. Ce sont ces trahisons au cœur même du lien amoureux (qui le protègent et le tuent à la fois) que Pinter dissèque. En cela, Trahisons est une pièce sur la fidélité… »

Le thème est de la pièce est la trahison, au pluriel. Mais l’habilite de Pinter réside dans le fait que tout le long de la pièce, le spectateur se demande « qui trahit qui ? ». Il n’y pas d’identification claire entre victime et coupable. Pas de vrais gentils, pas de vrais méchants. Qui des trois est la victime ? Le mari ? L’amant ?  La femme exclue de l’amitié passionnelle des deux hommes ? Qui est le traître ? Qui a l’intelligence affective la plus grande ? Où est le cynisme, où la naïveté ?…

Les rôles du traître et du trompé ne cessent de circuler dans ce trio, comme ils circulent aussi dans toute relation. Ils sont tous trois victimes et coupables. Il n’y a ni manœuvre ni manigance, uniquement des envies, des craintes, de fugaces lâchetés pour s’épargner soi-même, ou ne pas faire souffrir l’autre, qui aboutissent au désastre.

Pinter écrit une pièce ni optimiste ni pessimiste sur ce qui lie les êtres, sur l’intime et l’amour. Pinter manie le langage avec minutie et possède un art de la chute extraordinaire. Les personnages ne se disent souvent pas grand-chose et jamais ce qu’ils voudraient dire. Ils parlent à côté du sujet de leur préoccupation. Ils diffèrent constamment ce qu’ils ont à se dire, et finissent par dire autre chose. Chacune des neuf scènes est une petite intrigue, qui peut basculer indistinctement soit vers un crime épouvantable soit vers un éclat de rire.

Pinter part de conversations quotidiennes qu’il creuse. Il suffit parfois d’un geste, d’une caresse ou d’un baiser inattendu pour toucher à l’essentiel.

C’est un théâtre de conversation brillant et drôle. Même dans leurs souffrances, les personnages restent très spirituels.

Au final, Pinter a écrit une pièce pour des personnages contemporains, drôles et attachants, dans une situation ordinaire. Il  laisse aux spectateurs le choix et un sentiment indécis ou chacun y verra le reflet de ses propres relations aux autres.

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